Violence et action directe: mises en récit politiques, religieuses, identitaires

Depuis deux décennies, la violence change de forme en Amérique latine. Auparavant, elle apparaissait, dans plusieurs pays, surtout comme la violence de la répression de l’État dictatorial. S’était élevée contre elle – mais il n’y a pas de symétrie entre l’un et l’autre – des mouvements de guérilla. Aujourd’hui, il s’agit d’une violence plus « immanente », venant de l’intérieur du tissu social. On peut distinguer essentiellement deux types de cette violence. D’une part, il y a la violence de rue, les assauts à main armée, les gangs de rue, les taux alarmants d’homicides. Cette violence de rue qui émane notamment des inégalités croissantes est manipulée par le narcotrafic et des réseaux mafieux. D’autre part, il y a la violence des «actions directes». On entend par-là des actions collectives qui, si elles ne sont pas totalement spontanées, sont toutefois caractérisées par le fait de ne pas passer par les canaux de représentation que sont les mouvements sociaux ou les partis politiques et par le fait de ne pas s’adresser aux pouvoirs institués à travers les voies définies institutionnellement. Ces actions directes réunissent ponctuellement des gens en vue d’intérêts de logement, de santé, de terre, mais elles les rassemblent aussi parfois dans une réaction de rejet des politiciens. Elles expriment des valeurs en effervescence qui prennent corps dans le tissu social.

Recherche menée sous la direction d’André Corten, professeur au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (projet rédigé avec la collaboration de Vanessa Molina, doctorante à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa).