Violence, populismes et démocratie dans les Amériques

L’Amérique latine traverse aujourd’hui une grave crise marquée par la montée du populisme de droite et des reculs démocratiques, tels que la violence contre les défenseurs des droits engagés pour la construction de la paix en Colombie. Dans ce contexte, notre groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine-GRIPAL développe avec ses partenaires institutionnels et sociaux latino-américains un projet de séminaires internationaux virtuels et présentiels, débouchant sur un colloque en Colombie, point médian des Amériques nous permettant d’entrer en relation, dans leur langue, avec un maximum de chercheurs et société civile du Sud, afin de discuter des problèmes et solutions à apporter à cette crise et de les diffuser auprès des décideurs, notamment Affaires Mondiales Canada, où le chercheur principal de ce projet et d’autres co-chercheur-es sont consultants depuis 2016.

Depuis presque 20 ans, notre Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine (GRIPAL) réalise des études comparatives issues de recherches terrain subventionnées par le CRSH, qui cherchent à enrichir les savoirs sur l’Amérique latine à partir de l’analyse des représentations politiques “par le bas” et leurs interactions avec les politiques, institutions et discours. Au fil de ses recherches subventionnées de manière ininterrompue depuis 2002, le GRIPAL a ainsi produit des connaissances qui révèlent que, malgré une situation de violence endémique persistant au-delà des divers conflits et un univers politique marqué par les populismes de gauche comme de droite, les populations latino-américaines n’ont jamais cessé d’innover et de trouver des formes de participation démocratique cherchant à contrer cette violence malgré l’intense criminalisation de la lutte pour les droits qui sévit actuellement. Nos résultats de recherche, issus de méthodologies probantes fondées sur l’ethnosociologie, l’analyse de récits de vie de populations et des discours politiques, nous permet aujourd’hui d’avancer que, davantage qu’un engouement pour les politiques de droite, c’est notamment l’incapacité des diverses gauches (des plus libérales aux plus radicales, réunies dans l’hétéroclite virage gauche des années 2000) à répondre aux aspirations populaires, qui explique l’actuel retour de la droite. Ainsi, le GRIPAL, codirigé par le chercheur principal de cette demande, publiait dès 2012 “L’interpellation plébéienne en Amérique latine. Violence, actions directes et virage à gauche”, pour montrer ces limites.

Bien qu’en phase avec les plus importantes études de l’Amérique latine, le GRIPAL a surtout publié en français et en anglais, limitant alors le dialogue avec les sociétés concernées. Pour pallier ces limites de connexion, le GRIPAL a donc entamé un processus de dialogue systématique avec ses partenaires d’Amérique latine, tant académiques que de la société civile et décideurs, par le biais de séminaires en visioconférence, réunissant de manière bimensuelle ces partenaires réunis dans une dizaine d’universités des Amériques. Ce dialogue en plusieurs langues aboutira à un Colloque international et un atelier de travail avec la société civile, qui se tiendront à l’U Javeriana les 5, 6 et 7 décembre 2019. Les résultats de ce processus de dialogue soutenu seront publiés dans deux publications scientifiques “open source” (en français et en espagnol) ainsi que dans deux revues spécialisées destinées au grand public. Une archive destinée à des campus virtuels sera également produite par l’U Javeriana, et rendue disponible à tous. Les résultats donneront lieu à la formulation de nouvelles avenues de recherches communes et au renforcement de canaux de coopération entre professeur-es, étudiant-es et société civile des Amériques, pour décoloniser les savoirs.

Chercheur titulaire: Ricardo Peñafiel (science politique, UQAM)

Co-chercheur-e-s: Leila Celis (sociologie, UQAM); Marie-Christine Doran (École d’études politiques, Université d’Ottawa); Sabrina Doyon (anthropologie, Université Laval); Martin Hébert (anthropologie, Université Laval); José-Antonio Giménez-Micó (Classics, Modern Languages & Linguistics, Université Concordia) et Francine Saillant (anthropologie, Université Laval).

Collaborateur: Eduardo Restrepo (Pontificia Universidad Javeriana)